Le Bharata Natyam

Qu’on soit aficionado des cultures exotiques ou juste un téléspectateur lambda, tout le monde connait aujourd’hui le bharata natyam, si ce n’est par son nom, au moins dans son aspect visuel qui symbolise la grâce indienne. Mais d’où vient cette danse ? De quelle tradition est-elle issue ?

A l’origine danse sacrée, menacée d’interdiction par les puritains anglais, elle a été remaniée par les nationalistes indiens avant l’indépendance pour devenir un fer de lance de la culture de la péninsule. Suivons l’évolution de cet art chorégraphique tout en délicatesse et en concentration…

Et parce que nous aimons mêler découverte culturelle et initiation pratique, nous avons pensé à vous proposer une activité de danse au cours de notre voyage au Tamil Nadu. Vous pourrez ainsi pendant quelques heures découvrir les mouvements de base et vous initier au bharata natyam avec une professionnelle.

1. Une tradition millénaire

danseuse pratiquant le barathnatyam

Jusqu’aux années 1930, la tradition chorégraphique en Inde du Sud est représentée par les danseuses de temple ou devadāsī (« servantes de la divinité » en sanskrit) qui ont aussi un rôle rituel ainsi que les danseuses de cour ou rājadāsī (en sanskrit « servantes du roi »). Les danseuses ont alors un statut de courtisane auprès de riches protecteurs qui fait plus penser à celui des courtisanes de l’Ancien Régime en Europe qu’à des prostituées.

Les devadāsī forment une communauté à part, elles sont souvent recrutées au sein de leur communauté, filles de danseuse ou de musicien, mais elles peuvent aussi être offertes dans leurs plus jeune âge par des parents faisant un don à un temple.

2. Du puritanisme victorien à l’indépendance indienne

danseuse de Bharata Natyam
Durant la colonisation britannique, les chrétiens critiquent fortement cette tradition notamment en raison du « patronage » et de la fonction de courtisane des danseuses. Petit à petit, l’élite indienne européanisée se range du côté des détracteurs et, considérant les danseuses comme un témoignage du « primitivisme » de la religion hindoue, prône la suppression de cette tradition.

C’est ainsi qu’en 1947, la Cour Suprême de l’Inde devenue indépendante promulgue une loi punissant d’emprisonnement et de lourdes amendes la consécration de devadāsī ainsi que l’exécution de danses rituelles dans l’enceinte des temples. Des milliers de danseuses et leurs familles se retrouvent du jour au lendemain sans emploi et sans ressources.

3. L’invention du bharata natyam

Barthnatyam 6

En même temps, durant la première moitié du XXᵉ siècle, on a continué à présenter des spectacles de danse, particulièrement à la Music Academy de Madras pour montrer aux Occidentaux la richesse des traditions chorégraphiques de l’Inde. Dans les années 1930, un mouvement voulant sauver la danse de la menace d’abolition par les puritains voit le jour.

En 1932, la Music Academy de Madras redéfinit la danse en Inde. Elle renomme la danse de temple qui prend le nom de « bharata natyam », appellation composée de deux mots : Bharata qui est le nom de l’auteur présumé du Natyasastra (voir rubrique danses indiennes) mais aussi un nom mythique de l’Inde et natya qui signifie danse en sanskrit. Le sanskrit donne une aura de respectabilité à la danse indienne qui est aussi expurgée de toutes les postures suggestives ou attitudes trop ostensiblement érotiques. Dès lors, il s’agira de mettre en place des programmes d’enseignement pour les enfants de l’élite indienne et de créer des écoles ainsi que d’encourager des représentations dans des lieux publics.

4. Une danse classique institutionnalisée

Barathnatyam 4

On voit donc apparaitre dès les années 1930 des cours de danses destinés aux jeunes filles de bonne famille indienne qui se donnent pour tâche de faire oublier la mauvaise réputation des danseuses courtisanes. En 1936, Rukmini Devi, une jeune brahmane tamoule, fonde l’International Academy for the Arts qui est d’abord hébergée par la Société Théosophique de Madras avec laquelle elle a des liens solides avant de devenir la célèbre Kalakshetra (en sanskrit : le « domaine consacré aux arts ») qui ira s’installer en 1962 dans les locaux qu’elle occupe encore actuellement au Sud de Madras.

Aujourd’hui, le bharata natyam est devenu l’une des huit danses classiques de l’Inde, et certainement la plus célèbre. Désignée comme l’héritière de toute la tradition chorégraphique du sous-continent, elle représente auprès d’un très large public la danse indienne par excellence et est aussi une source d’inspiration inépuisable pour les jeunes chorégraphes contemporains, pour le cinéma et fait le bonheur des clips vidéo en prenant part à une culture de danse de plus en plus globalisée.

Voici in exemple en image de ce que vous pourrez découvrir en voyageant en janvier avec nous au festival de danse de Mahabalipuram.

Vous avez aimé cet article sur cette danse indienne ? Je vous recommande de lire celui sur l’art du Bollywood, qui est, bien plus qu’une danse, un art minutieusement chorégraphié aux influences diverses.